AFP 22.05.06 | 17h31 [ http://www.lemonde.fr/web/depeches/texte/0,14-0,39-27355237,0.html ]

Laurent Fabius, candidat à l'investiture PS pour 2007, veut "relancer et réorienter l'Europe" en proposant un "moratoire sur les élargissements", une coopération renforcée des Etats "euro-volontaires", en donnant la priorité au social et en élaborant un nouveau texte fondateur.

"Le prochain président de la République doit être l'homme de la relance et de la réorientation de l'Europe", a affirmé l'ancien Premier ministre dans une tribune publiée dans Le Monde daté de mardi.

M. Fabius, qui fut l'un des principaux avocats du non au référendum français sur le projet de Constitution européenne, estime que "la dimension sociale du vote a contraint les responsables européens à se préoccuper davantage de la cohésion de l'Union".

Mettant le social en "tête d'agenda", M. Fabius propose une "harmonisation par le haut" en "fixant dans le domaine social des objectifs comparables à ceux du traité de Maastricht pour mettre en place l'euro".

Tant que n'auront pas été posées ces "nouvelles règles", le député de Seine-Maritime se dit "favorable à un moratoire des élargissements".

En échange d'"une renonciation" des nouveaux Etats membres "à la stratégie de dumping fiscalo-social", ceux-ci bénéficieraient d'un "réel effort budgétaire", de "la liberté de circulation pour leurs travailleurs" et de "la sécurisation de leur approvisionnement énergétique".

Sur le plan institutionnel, le député de Seine-Maritime ne "croit pas à l'efficacité d'une nouvelle Convention préparatoire". Il évoque pour la première fois, parmi "les pistes alternatives" pour élaborer un nouveau texte, "la réunion d'une Assemblée constituante, élue en même temps que le prochain Parlement européen, en 2009".

Pour la nouvelle Constitution, il faudra selon lui faire "le tri" entre les dispositions acceptables et celles qui ne le sont pas.

Il cite notamment parmi les points qui font débat "la conciliation" entre le principe du respect de la concurrence et celui du service public, les "coopérations renforcées entre Etats" et un éventuel objectif de croissance à fixer à la Banque centrale européenne (BCE)

La nouvelle Constitution, selon lui, devra être soumise au vote des Français: "Il est inenvisageable qu'elle soit adoptée en France par le seul Parlement", comme le propose Nicolas Sarkozy, "rejoint par quelques voix au-delà de son camp". "Le projet et le candidat des socialistes doivent être très clairs sur cette exigence", prévient-il.

Pour renforcer les moyens de l'UE, M. Fabius propose "la création d'une ressource fiscale autonome, assise par exemple sur l'énergie".

Il plaide aussi pour "la redynamisation des relations franco-allemandes" et réitère son credo en faveur d'une "Europe différenciée" qui permette aux "pays euro-volontaires" de "s'unir autour de projets communs".