LE MONDE | 18.05.06 | 17h27 • Mis à jour le 18.05.06 | 17h27

70 000 manifestants à Copenhague, 100 000 dans tout le Danemark, la mobilisation, mercredi 17 mai, des opposants à certaines réformes de l'Etat-providence envisagées par le gouvernement libéral-conservateur était la plus massive depuis vingt ans dans ce pays de 5,4 millions d'habitants.

Le mouvement, initié par les syndicats - soutenu par le Parti social-démocrate, qui marque ainsi son retour sur la scène politique après une longue traversée du désert -, a d'autant plus irrité le gouvernement que celui-ci est actuellement en pleine négociation avec l'ensemble des partis politiques, y compris les sociaux-démocrates, afin de dégager un consensus et une majorité parlementaire en faveur de ces réformes.



Début avril, le premier ministre libéral, Anders Fogh Rasmussen, avait présenté son programme de réforme de l'Etat-providence à long terme. Afin d'allonger la durée de travail, il prévoit notamment une hausse de l'âge de la préretraite de 60 ans à 63 ans, applicable selon son plan à partir de 2017. A parti de 2025, l'âge de la retraite passerait de 65 ans à 67 ans.

Le premier ministre avait également annoncé un durcissement des règles pour les chômeurs trop peu actifs âgés de 25 à 29 ans, sur le modèle de ce qui se pratique déjà pour ceux âgés de moins de 25 ans. Depuis 1996, les jeunes de moins de 25 ans ayant un faible niveau d'éducation et étant au chômage depuis plus de six mois au cours des neuf derniers mois sont dans l'obligation d'accepter des offres d'emplois subventionnés ou des formations de 18 mois avec une allocation pouvant représenter 50 % du montant de ce qu'ils touchaient de l'assurance-chômage. En cas de refus, ils perdent le bénéfice de cette dernière.

Les sociaux-démocrates suggèrent qu'au lieu de réduire ainsi les allocations chômage, on remette les chômeurs plus rapidement dans le circuit de l'emploi en réduisant d'un an à six mois la période avant laquelle un chômeur se voit proposer une formation ou un emploi subventionné.

Sur la question du système des pré-retraites, victime de son succès, les sociaux-démocrates ne s'opposent pas à sa réforme. Mais ils souhaitent que l'âge minimum de la préretraite soit de 62 ans, et non 63 ans.

Le dernier point très critiqué des projets gouvernementaux est la réduction des bourses d'études, ce qui explique la présence de très nombreux jeunes dans les rues, mercredi. Le Danemark est le pays au monde qui consacre la plus grosse part de son PNB aux bourses, selon le gouvernement. Celui-ci souhaite désormais que les jeunes Danois démarrent plus vite dans la vie professionnelle et passent moins de temps à leurs études.

A la différence de la France, beaucoup de jeunes Danois, en quittant l'école, passent plusieurs années à voyager et à travailler avant d'entamer leurs études supérieures. La moyenne de cet intermède est de quatre ans, que le gouvernement entend réduire afin que les jeunes travaillent au minimum un an plus tôt.

Olivier Truc
Article paru dans l'édition du 19.05.06