référendum européen Sondage. Banlieue, CPE, Clearstream : les nonistes ont encore matière à exprimer leur colère.
Des électeurs toujours désenchantés


Par Renaud DELY
mercredi 17 mai 2006



Tous amers, tous déçus, tous... vaincus. Un an après le rejet par référendum de la Constitution européenne, notre sondage LH2 (1) fait communier dans un même désenchantement les tenants du oui et les partisans du non. Les passions désormais apaisées, chacun des deux camps reconnaît que la victoire du non n'a pas changé grand-chose, ni à la situation de l'Europe, ni à l'état du pays.
[commentaire : "Subtilité du raisonnement : le changement n'apparaît pas directement car le but premier était dans un premier temps de ralentir le rouleau compresseur néo-libérale afin que cette doctrine ne soit pas gravée dans le marbre d'une constitution fondatrice. De ce point de vue, le NON est une précieuse victoire. Nul n'a jamais prétendu dans le camp du NON que le rejet du TCE améliorerait du jour au lendemain la situation. Il s'agit d'une étape à l'intérieur d'une lutte de longue haleine.
Reprocherait-on à un bataillon d'avoir freiné la progression de l'armée ennemie au motif qu'il n'aurait pas réussi à la repousser suffisamment rapidement par la suite ? "]
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L'UE apparaît au point mort, et ce statu quo génère «un faisceau d'amertumes», selon l'expression de François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l'institut LH2. Alors, un coup pour rien, ce vote-séisme du 29 mai 2005 ? Notre enquête confirme que l'Europe n'a servi, l'année dernière, que de prétexte aux électeurs pour exprimer bien d'autres déceptions, frustrations et revendications. Raison pour laquelle les nonistes persistent et signent. Peu importe que les prédictions de leurs leaders sur un «plan B» inexistant ou un «choc salutaire» introuvable aient été démenties par les faits. Les raisons de la colère noniste demeurent.
[commentaire : "Décidémment, la situation intérieure c'est comme la menace terroriste : elle fournit le prétexte à de nombreuses manipulations de l'opinion. En aucun cas le désamour confirmé des Français sondés n''est la résultante des orientations inchangées depuis le 29 mai de la politique européenne elle-même."]

Mea-culpa. De révolte des banlieues en crise du CPE, en passant par les ravages de l'affaire Clearstream, elles se sont même amplifiées. Le gouvernement est toujours plus incapable de répondre aux angoisses sociales du pays et l'exécutif apparaît de plus en plus discrédité. Seuls 1 % des électeurs du non «regrettent» donc leur choix (98 % n'ont pas changé d'avis). Ils sont 10 % à faire leur mea-culpa du côté des ouistes (89 % revoteraient la même chose). Une proportion logique si l'on considère, là aussi, que les facteurs hexagonaux de rejet du pouvoir se sont accrus en un an, tandis que l'Europe, même en panne, n'a pas explosé. Comme l'a montré le mouvement anti-CPE, les crises traversées par le pays ont même contribué à réconcilier partisans du oui et du non dans l'hostilité commune au gouvernement.

Loin d'être «fondateur», le référendum du 29 mai 2005 n'a donc pas laissé beaucoup de traces. Trois quarts des Français considèrent que son issue n'a eu aucune conséquence sur la politique de l'Union. Ils sont 86% à partager ce constat désespérant du côté des vainqueurs nonistes, les mêmes n'étant que 7 % à juger que le poids de la France s'est «renforcé»... Malgré la disparition de la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, seuls 5 % des électeurs (6 % de ceux qui ont voté non) considèrent que l'Europe a pris un cours «plus social» depuis un an, tandis que 6 % (11 % chez les ouistes) jugent qu'elle a, à l'inverse, adopté un cours «plus libéral».
[ commentaire : "Qu'auraient répondu les sondés si on leur avait demandé si ils pensaient que la victoire du NON a rendu la tâche des néo-libéralisateurs bcp plus malaisée ?" ]

Conflit. Comme les précédentes consultations du même type, le référendum sur la Constitution européenne n'apparaît pas comme un scrutin durablement clivant, susceptible de recomposer le paysage politique ou de peser sur la présidentielle de 2007. L'échec de De Gaulle lors du référendum sur la régionalisation et le Sénat en 1969 n'avait guère influé sur la présidentielle deux mois plus tard; la victoire du oui, et donc de François Mitterrand, lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992 n'avait pas empêché la gauche d'être laminée aux législatives six mois après [commentaire : "tient tient : en 1992 la situation intérieure n'était guère plus brillante qu'en 2005 ; ce qui n'avait pas empêché le OUI de l'emporter lors du référendum] : au regard de notre sondage LH2, la victoire des nonistes ne semble donner aucune prime aux prétendants élyséens issus de leurs rangs. Seule l'évolution du «poids de la France en Europe» fait encore un peu conflit: 64 % des ouistes contre 26 % des nonistes considèrent qu'il s'est affaibli. Les derniers feux d'une controverse en forme de grand malentendu sur l'Europe.
[commentaire : "circulez, il n'y a plus rien à voir, semble avoir décrété le rédacteur de cet article et interprétateur, autoritaire à défaut d'être autorisé, du sondage"]

(1) Réalisé les 12 et 13 mai auprès de 1 004 personnes.

source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=382683