Editorial Pratiques de Santé, numéro 47


Les ventes de vaccins explosent. Entre les grandes firmes pharmaceutiques, la concurrence est acharnée car c'est le marché du siècle. De tous les produits pharmaceutiques, les vaccins sont aujourd'hui les plus dynamiques: leurs ventes progressent chaque année de 14 %, soit deux fois plus que celles des médicaments traditionnels. Et l'avenir s'annonce encore meilleur. Estimé à 6 milliards d'euros aujourd'hui, le marché des vaccins devrait passer la barre des 20 milliards en 2012 ! Pour les multinationales qui s'affrontent sur ce marché, la question n'est pas tant de savoir si cette inflation vaccinale sera utile à l'homme, mais plutôt de savoir laquelle d'entre elles sera, demain, le plus grand pourvoyeur mondial de vaccins. Au total, cinq groupes, dont trois géants, se partagent l'essentiel du marché mondial.

À coups de milliards d'euros, ils se disputent depuis deux ans les labos plus petits qui pourraient contester leur suprématie. Car les vaccins n'ont jamais eu autant la cote et toutes les conditions du succès sont réunies. Gagnés par la psychose des virus ou mus par un élan d'humanisme, les gouvernements occidentaux multiplient les aides publiques à la recherche. Aux États-Unis, les fabricants de vaccins innovants bénéficient d'un crédit d'impôt exceptionnel. La France et la Grande-Bretagne se sont engagées à taxer les billets d'avion à partir de l'été prochain pour soutenir, notamment, la lutte contre le sida et le paludisme. Chaque nouveau cas de grippe aviaire augmente l'inquiétude générale. Pour les fabricants de vaccins, le timing est parfait. Quant au public, dans son immense majorité, il s'impatiente.

Mais il ne sait pas encore qu'il paiera l'innovation au prix fort. Terminées les injections bradées à moins de 10 euros sous prétexte de santé publique! Les nouveaux tarifs pratiqués le confirment. En 2000, le laboratoire américain Wyeth avait lancé le Prevnar, un vaccin contre la méningite à pneumocoque vendu plus de 60 euros la dose. Cela semblait alors exorbitant. Lancé par Merck au début de février aux États-Unis, le Rota Teqi, qui prévient la diarrhée aiguë du nourrisson, vaut 158 euros la pièce et les vaccins de GSK et Merck contre le cancer du col de l'utérus devraient coûter autour de 200 euros! Il n'y a plus de limites.

Quant aux marges, elles seront colossales puisque les frais de promotion de ces produits sont quasi nuls (ce sont les États qui s'en chargent) et qu'il n'y a aucun risque de voir apparaître des génériques sur ce marché. Mieux: les coûts de recherche et de production constituent une barrière à l'entrée de nouveaux venus qui pourraient avoir l'idée saugrenue de casser les prix. Face à ces rouleaux compresseurs, ceux qui contestent le dogme vaccinai en préconisant d'autres solutions, comme les huiles essentielles, font figure de moustiques. Certains moustiques peuvent être très dangereux, me direz-vous. Mais pour l'instant, Goliath écrase toujours David.

Le marché des vaccins pèsera 20 milliards d'euros dans cinq ans. Les grands labos jubilent de nous voir paniquer devant les maladies virales, car ils nous feront payer très cher notre besoin de sécurité sanitaire.