Travailleurs à prix cassés, la braderie continue

Un travailleur polonais pour cinq euros de l’heure : c’est possible et c’est permis. Le Comité économique régional fruits et légumes (CERAFEL) de Bretagne a reçu par e-mail cette décoiffante proposition de la société de services Eurokontakt Projekt Serwis SARL. Une offre pour le moins concurrentielle, puisqu’un salarié français payé au SMIC revient à 10,50 euros par heure. Afin de parvenir à ce salaire horaire dérisoire, Eurokontakt Projekt Serwis SARL livre même l’astuce qui permet de contourner l’obligation, inscrite dans la loi, de rémunérer au niveau du SMIC toute personne travaillant en France : il suffit, suggère-t-elle, que l’employeur fournisse à son salarié un logement dont le loyer délibérément élevé serait déduit de la paie. La pirouette est connue, mais malheureusement toujours en vogue. Ajoutant à la malhonnêteté la vulgarité, Eurokontakt Projekt Serwis SARL tient à préciser que, même à ce prix cassé, ses recrues sont des « travailleurs efficaces », et non des « ouvriers paresseux ».

Dans une filière où la main-d’oeuvre pèse près de 60 % des coûts de production, les exploitants locaux risquent malheureusement de ne pas se faire prier longtemps. Le CERAFEL, de son côté, y voit un énième cas de concurrence déloyale et réclame une harmonisation au niveau de l’agriculture européenne.


http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-10-15/2004-10-15-446042 (Article paru le 15 octobre 2004)