2005 aura été marqué par les célébrations en hommage à la Shoa : pour ne pas oublier efin que pareil massacre ne se reproduise jamais.
2005 aura aussi vu un magnifique sursaut citoyen à l'occasion du référendum sur le traité instituant une constitution pour l'Union Européenne.
Les partisans du OUI issus des principaux partis politiques français (UMP, UDF, PS, VERTS) partaient avec un avantage substantiel dans les sondages : 70% des intentions de vote favorables au traité constitutionnel.
Puis vint l'érosion progressive : 5 % chaque mois pendant deux ou trois mois. La campagne s'emballa lorsque les enquêtes d'opinion révélèrent que le OUI perdait constamment du terrain au point de se rapprocher dangeureusement du seuil des 50%. Puis le projet de directive Bolkenstein fut mis sur la place publique. Dans la foulée, on enregistra les premiers sondages favorables au NON. Tout d'abord à 51%, le NON grimpa progressivement à 52, 53 puis fit une embardée à 55% !
C'est alors que la mobilisation fut déclarée dans les rangs du OUI. En rangs serrés, les ténors de l'establishment politique et médiatique entreprirent de se faire pédagogues pour expliquer la qualité du texte constitutionnel. Devant l'échec de leurs efforts, ils revirent leur stratégie en l'orientant vers un pillonage systématique des positions du NON : opération discrédit tous azimuts.
Faute de pouvoir démontrer la supériorité des arguments du OUI sur ceux du NON, on assista à une débauche de tentatives des partisans du OUI visant à parasiter le message des tenants du NON en les (mal)traitants de menteurs, d'opportunistes, de xénophobes, de fossoyeurs irresponsables de l'avenir de la France et de la construction de l'Europe. Dans un autre registre, on s'en prit aussi au niveau intellectuel des électeurs s'exprimant en faveur du NON en affirmant qu'il devait s'agir d'analphabètes (Rocard), s'apprêtant à commettre une connerie (Chirac au salon de l'agriculture).
Le but : faire rentrer au bercail celles des brebis égarées les plus influencables en leur faisant parvenir des signaux susceptibles de déclencher des émotions de peur et de culpabilité. Le rouleau compresseur médiatique fonctionna alors à plein régime pendant six à huit semaines pour relayer la campagne alarmiste du OUI. Celle-ci porta ses fruits l'espace d'une petite dizaine de jours quand l'absence de plan B fut mise en avant telle un précipice se présentant sous les pieds de l'électeur s'apprêtant à commettre l'irrémédiable : le pas en avant sans espoir de retour.
Mais, coincidence ou pas, les courbes des sondages s'inversèrent de nouveau définitivement alors que Jacques Delors venait de reconnaître, eu égard au devoir de vérité qui le taraudait, "qu'il était faux de prétendre qu'aucun plan B n'était possible".
Ainsi, en dépit des moyens de propagande disproportionnés dont disposaient les apôtres du OUI par rapport à ceux du NON, ces derniers sont néanmoins parvenus à conserver jusqu'au bout leurs positions acquises de haute lutte.
Ce résultat fut possible en partie grâce au travail d'explication appliqué que surent mettre en oeuvre ceux des hommes et des femmes qui ont vu dans le traité de Constitution une menace pour les valeurs de la République et une atteinte grave à la démocratie en tentant de graver dans le marbre en le faisant approuvé par le peuple à son insu un corpus de politique économique libérale.
Fort d'une analyse concoctée par les "experts" du mouvement altermondialistes, les citoyens ont pu grâce à Internet accéder à une documentation très critique et se forger une conviction solidement étayée. Un grand nombre d'entre-eux s'est employé à transmettre cette précieuse information auprès de leurs concitoyens en allant les rencontrer, tracs en mains, sur la place publique. Cette contribution militante a probablement eu un effet déterminant sur le dénouement du référendum.
La conclusion à tirer de cette campagne c'est qu'elle a permis d'assister à un réveil de la conscience citoyenne. Un grand nombre de gens ne s'en sont pas laissé compter. Dans le même temps, une escouade de citoyens désireux de construire un monde au service de l'homme ont pris leur destin en main en s'organisant pour faire circuler l'information de la main à la main.
Ensemble, émetteurs et destinataires de l'information consacrée à l'action en faveur du NON ont su renouer victorieusement avec l'action citoyenne. Il y a là un succès décisif annonciateur de lendemains encourageants quant à la capacité et à la détermination d'une partie importante du peuple à se prendre en charge politiquement. La prochaine étape sur le chemin menant vers un autre monde consistera entre autres à toujours se souvenir des dommages subis lorsqu'on se défait de son pouvoir citoyen au profit d'élus censés nous représenter vertueusement.
L'homme étant ce qu'il est, espérons que nous n'oublions pas de si tôt les conséquences néfastes qui accompagnent tout renoncement à sa souveraineté de citoyen : un espace vide que des groupes d'intérêts opportunistes ne manquent pas d'occuper pour faire pression sur la conduite des affaires du monde à leur profit. C'est le rôle des lobbies. La phase actuelle de la (re)mobilisation citoyenne vise à reprendre aux promotteurs de la mondialisation néolibérale cette zone abandonnée de notre souveraineté.
Il faudra déployer beaucoup d'énergie pour reconquérir le terrain perdu. Ensuite, puissions-nous ne plus oublier le prix dont se paie tout renoncement à nos prérogatives de citoyen libre et responsable de son environnement.


